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28 Jan 2026 | 

WHITE DOG, SOUS L’OEIL DE LA PSY

Sur le divan de la scène propose un regard issu de la psychanalyse sur les spectacles du Forum.

À travers ses textes, Michèle Freud interroge ce que le théâtre met en jeu de l’humain, de ses contradictions, de ses élans intérieurs et de ses mouvements inconscients.

La scène devient alors un espace de résonance et de réflexion, où le spectateur est invité à porter un autre regard sur ce qu’il voit et ressent.

Michèle Freud est psychothérapeute, diplômée en psychologie et psychopathologie clinique, formée à la psychotraumatologie, à l’EMDR, à l’ICV et aux thérapies intégratives.

Forte de plus de trente années de pratique clinique auprès d’enfants, d’adolescents et d’adultes, elle a également enseigné dans des structures universitaires et médicales, fondé un organisme de formation et collaboré à de nombreuses publications et émissions consacrées à la psychologie. 


WHITE DOG

D’après l’œuvre autobiographique de Romain Gary, adaptation de Brice Berthoud et Camille Trouvé. White Dog entraîne le spectateur dans l’Amérique des années 60, à l’heure où l’assassinat de Martin Luther King ravive des fractures déjà béantes. La lutte pour les droits civiques se heurte à une société profondément divisée, marquée par la ségrégation, la peur et l’affrontement. Ce contexte historique et politique constitue la trame du récit.

Romain Gary et Jean Seberg recueillent un chien abandonné, Batka. L’animal se montre d’un abord doux et affectueux. Pourtant, l’irruption d’un ouvrier noir dans la propriété déclenche une bestialité fulgurante, inattendue, balayant toute cohérence avec la douceur précédemment affichée.

Cette rupture soulève une question centrale : quelle part d’ombre se rejoue là et d’où vient cette franche hostilité ?

En menant son enquête, Gary découvre que Batka descend d’une lignée de Wild Dogs dressés pour attaquer les Noirs. Cette filiation suggère que la haine peut précéder la pensée, s’inscrire dans les gestes et les réflexes, à la manière d’un héritage transmis.

Romain Gary se trouve confronté à un dilemme éthique : renoncer et se séparer de l’animal, ou tenter de modifier ce qui a été inculqué.

Tandis que Jean Seberg s’engage politiquement pour infléchir le cours du monde, Gary concentre ses efforts sur le reconditionnement du chien, cherchant à réparer ce qui se transmet et persiste.

Batka est alors confié à Keys, employé de zoo, qui affirme pouvoir intervenir sur cette haine intégrée. Sa méthode repose sur un renversement troublant : déplacer la cible, apprendre au chien à attaquer le Blanc plutôt que le Noir. Ce procédé met en lumière une logique de manipulation : l’animal devient l’objet d’un apprentissage imposé, où la violence circule sans conscience, comme un transfert de haine.

Le recours à la marionnette renforce cette lecture clinique. Chaque geste répété donne forme à des schémas anciens et montre comment l’expérience façonne durablement les comportements.

White Dog étend cette logique au champ social. Le raciste y apparaît comme une réponse automatique à une menace construite. Il rappelle des mécanismes observés dans la clinique du traumatisme ou de la radicalisation, où certains sujets répètent des schémas ancrés, parfois longtemps avant toute élaboration consciente.

La mise en scène soutient cette réflexion. L’univers de papier agit comme un révélateur de vulnérabilité et de tensions. La musique, portée par la batterie d’Arnaud Biscay, impulse un rythme continu, tel un souffle qui relie l’ensemble.

Sur scène, récit, gestes et sons tracent les contours d’une violence apprise, tout en laissant entrevoir l’hypothèse d’un désapprentissage.

Le spectateur se place dans une posture proche de celle du clinicien : observer, comprendre et percevoir les ouvertures possibles.

Vouloir sauver Batka devient alors un acte réparateur, porteur d’un espoir fragile.

À travers lui se dessine le rêve d’une société où la haine cesserait de se transmettre, un écho à l’élan porté par Martin Luther King, peu avant son assassinat : « I have a dream ».

La compagnie Les Anges au Plafond affirme un théâtre profondément humaniste, un théâtre qui touche, interroge et laisse une empreinte durable.

Bravo et merci au théâtre Le Forum pour l’éclectisme des programmations. Chaque représentation est une invitation à voyager, rêver et s’émerveiller. Un vrai plaisir à partager !

Théâtre Le Forum, le 20 janvier 2026
Par Michèle Freud