LIVRET DE SALLE | PILLOWGRAPHIES
La BaZooka
Durée : 45m
Dès 6 ans
CHORÉGRAPHIE : SARAH CRÉPIN
MISE EN SCÈNE: ETIENNE CUPPENS
Conception : La BaZooKa (Sarah Crépin et Etienne Cuppens)
Interprétation (suivant les représentations) : Nicolas Chaigneau, Sarah Crépin, Aurore Di Bianco, Flore Khoury, Claire Laureau-Renault, Sakiko Oishi, Matthieu Patarozzi, Marie Rual, Léa Scher, Taya Skorokhodova, Julien-Henri Vu Van Dung
Création lumière : Christophe Olivier et Max Sautai
Réalisation costumes : Salina Dumay et Elsa Gérant
Musiques: Maurice Ravel, Bernard Herrmann et Jacques Offenbach
Administration et production: Margaux Roland
Production et diffusion : Mathilde Mahier
LES FANTÔMES DE L’ENFANCE
Un drap blanc, deux trous pour les yeux. Voilà le point de départ d’un monde qui s’anime, s’amuse, s’élève. Sur la scène, un, deux, trois fantômes traversent l’espace comme s’ils flottaient au-dessus du réel. D’abord un rire, puis l’étonnement, enfin l’émerveillement : Pillowgraphies nous replonge dans l’imaginaire de l’enfance, là où le drap de Mamie se transformait en costume de revenant, là où la peur faisait partie du jeu.
La compagnie La BaZooKa, dirigée par Sarah Crépin et Étienne Cuppens, convoque dans cette pièce l’esprit des jeux anciens, des cache-cache d’autrefois et des danses improvisées sur les tapis du salon. Mais ici, la naïveté devient art. Les fantômes prennent corps, se multiplient, se rassemblent, s’éparpillent dans des chorégraphies fluides et inventives, portées par la musique de Maurice Ravel. Du « Boléro » aux rythmes plus oniriques, le compositeur français dialogue avec des ombres espiègles et légères, dessinant un ballet d’apparitions et de disparitions, entre abstraction et pure poésie visuelle.
Les draps, tour à tour légers ou moelleux, deviennent partenaires de jeu. On y reconnaît les influences de Merce Cunningham ou de Maurice Béjart, mais réinterprétées avec humour et tendresse. À chaque apparition, le spectateur croit comprendre la mécanique du mystère, avant d’être surpris à nouveau par une métamorphose, une silhouette, une respiration. Tout se joue sur la frontière : entre visible et invisible, entre illusion et incarnation, entre enfance et art.
Dans cet univers où tout semble flotter, où le vent fait danser les tissus et les corps, l’espace s’éclaire comme une grande aire de jeu. L’enfant qui sommeille en chacun se réveille, tandis que l’adulte retrouve le goût du merveilleux. Pillowgraphies fait rire, attendrit, émerveille — il réconcilie la légèreté du rêve et la rigueur du geste.
DANSER LE MYSTÈRE
« Et si les fantômes décidaient de jouer avec nous ? » semble nous dire La BaZooKa. Car ici, le théâtre et la danse s’ouvrent à la complicité du spectateur. Les sept danseurs, drapés et masqués, deviennent des personnages à part entière : tour à tour farceurs, malicieux, gracieux, ou étrangement touchants. Ce sont des présences qui défient les certitudes, qui font rire les enfants et intriguent les adultes.
Sous les airs de jeu se cache pourtant une recherche chorégraphique exigeante. La lumière noire, le rythme des tissus, la musicalité des gestes composent une écriture précise et maîtrisée, où chaque déplacement devient un souffle, chaque apparition un fragment de poésie. Les corps invisibles racontent leurs histoires à travers le mouvement, créant une forme d’abstraction joyeuse, presque cinématographique. On pense à Fantasia de Walt Disney, à ces symphonies visuelles où la musique semble donner vie à la matière.
Mais Pillowgraphies n’est pas qu’un divertissement. C’est aussi une méditation sur la présence et l’absence, sur ce que la danse contemporaine peut inventer quand elle ose jouer avec les codes. Derrière la légèreté, il y a la profondeur du geste : la capacité d’un corps à se faire oublier pour mieux évoquer l’imaginaire. Les artistes de La BaZooKa interrogent la frontière entre illusion et croyance, entre la peur enfantine du noir et la fascination adulte pour le mystère.
Le spectacle devient alors un terrain de jeu philosophique : et si le mouvement suffisait à faire exister ce qu’on ne voit pas ? Si un drap en suspension pouvait dire la grâce d’un corps, la beauté d’une disparition ? Dans ce théâtre peuplé de fantômes, on danse la mémoire, la liberté, la joie simple d’être ensemble.
À la croisée du merveilleux et du comique, du conte et de l’expérimentation plastique, Pillowgraphies célèbre la puissance du regard et la magie du vivant. Un ballet drôle, étrange, profondément humain — où les fantômes, loin de faire peur, nous rappellent qu’il suffit parfois d’un souffle, d’un geste, d’un éclat de rire pour ranimer l’enfance en nous.
LA BAZOOKA
La compagnie La BaZooKa est née en 2002 au Havre de la rencontre entre Sarah Crépin et Étienne Cuppens, deux artistes qui conjuguent leurs imaginaires pour créer des projets chorégraphiques à la croisée de la danse, des arts plastiques et du théâtre visuel. Leur univers, nourri de culture populaire et de souvenirs d’enfance, explore les figures qui peuplent notre inconscient collectif : fantômes, marins à pinces de homard, héroïnes de manga, momies ou Vénus en oreiller composent un bestiaire à la fois graphique et sensible. Tous deux s’attachent à inventer des dispositifs où la place du spectateur est toujours réinventée : déplacé sur des chaises à roulettes, allongé face à des miroirs ou observant à travers des vitres, il devient acteur d’un regard ludique et actif.
Leur écriture chorégraphique se nourrit de danses populaires disco, madison, danses sportives qu’ils détournent pour en extraire une matière mouvante faite d’élasticité et de tonicité, de moelleux et d’impulsion. La création se construit en binôme, dans la confrontation féconde de leurs différences : l’un porté vers l’abstraction, l’autre vers la dramaturgie. Ensemble, ils travaillent par « libre association d’idées », mêlant des éléments hétérogènes pour faire surgir du sens et de l’émotion. Ce procédé libère l’imaginaire et offre à chacun, enfants comme adultes, plusieurs niveaux de lecture. La BaZooKa revendique ainsi une liberté rare : celle d’un art qui laisse au spectateur le choix d’interpréter, de rêver, de croire.
SARAH CRÉPIN
Née en 1973 à Toulouse, Sarah Crépin découvre très jeune le plaisir de s’inventer des mondes et des personnages, une imagination qu’elle nourrit dès l’enfance par sa passion pour les kaléidoscopes. Formée à la danse classique et contemporaine au conservatoire de Grenoble, elle complète un parcours riche et atypique : après un DUT en communication et une première expérience aux côtés de Charles Picq à la Maison de la Danse de Lyon, elle étudie au CNDC d’Angers puis en Allemagne auprès de Myriam Naisy. Engagée par François Raffinot au Centre Chorégraphique National du Havre, elle y forge sa maturité d’interprète et y rencontre Étienne Cuppens, avec qui elle entame une collaboration décisive. Interprète pour Joanne Leighton, Anja Hempel, Xavier Lot, Fabrice Lambert ou Razerka Ben Sadia-Lavant, elle crée en 2000 Fulgure aux côtés de Denis Lavant, avant de fonder en 2002 La BaZooKa. Cette compagnie devient le prolongement naturel de son imaginaire : un espace de liberté où s’épanouit une danse à la fois sauvage, absurde et poétique.
ÉTIENNE CUPPENS
Né en 1963 au Havre, Étienne Cuppens grandit entre théâtre scolaire et fascination pour la fantasmagorie, passionné très tôt par le son, les jeux de miroirs et la magie du cinéma. Marqué par l’écoute de We Love You des Rolling Stones, il découvre la puissance évocatrice du son concret et choisit d’en faire son métier. Formé comme régisseur son, il travaille aux Tréteaux de France, à l’Opéra national de Paris puis à la Maison de la Culture du Havre, où il perfectionne la prise de son, la création de bandes sonores et le montage audiovisuel. Sa collaboration avec le musicien Jean-Paul Buisson l’amène à concevoir des environnements sonores pour le spectacle vivant et le cinéma, aux côtés d’artistes tels que Raoul Ruiz, Hervé Robbe ou François Raffinot. En 2002, il fonde avec Sarah Crépin la compagnie La BaZooKa, dont il devient le metteur en scène. Concepteur sonore et scénographe, il façonne un univers où la rigueur technique se met au service de l’imaginaire, et où le mouvement, le son et la lumière composent ensemble un théâtre chorégraphique singulier, poétique et audacieux.