LIVRET DE SALLE | THEATRE OF DREAMS
CHORÉGRAPHIE ET MUSIQUE : HOFESH SHECHTER
Durée : 1h30
Dès 14 ans
Événement: pour la première fois, le Forum accueille Hofesh Shechter, un des chorégraphes les plus en vogue de la planète danse… et ce n’est pas un rêve ! Deux soirées exceptionnelles pour plonger dans l’imaginaire et l’inconscient…
Avec les 13 danseurs et 3 musiciens de la Hofesh Shechter Company
Lumières: Tom Visser
Costumes: Osnat Kelner
Directeur artistique associé : Bruno Guillore
Collaborateur musical : Yaron Engler
Collaborateur scénographique : Niall Black
HOFESH SHECHTER
Israélien d’origine et britannique d’adoption, Hofesh Shechter est un jeune chorégraphe engagé et audacieux. Après des études à l’Académie de danse et de musique de Jérusalem, il intègre à Tel Aviv la prestigieuse Batsheva Dance Company dirigée par Ohad Naharin. Alors qu’il participe à divers projets de danse en Europe, il apprend la batterie et les percussions à l’Ecole Dante Agostini de Paris. En 2002, il rejoint la compagnie de Jasmin Vardimon en Angleterre et un an plus tard, son premier opus, ‘Fragments’, remporte le concours de chorégraphie Serge Diaghilev.
Hofesh Shechter bénéficie ainsi du soutien de la Robin Howard Foundation Commission pour créer ‘Uprising’, sextette qui s’inspire des manifestations de jeunes Parisiens survenues en 2006. Trois institutions majeures de la danse, The Place, Southbank Centre et Sadler’s Wells, lui commandent alors ‘In Your Rooms’. La pièce, provocante et politisée, exprime la frustration, la colère et le désir humains sur une musique composée par l’artiste et jouée sur le vif. En 2008, le chorégraphe forme sa propre compagnie, la Hofesh Shechter Company, tout en travaillant indépendamment avec d’autres artistes issus de la danse et du théâtre. Ses créations, à l’énergie physique et visuelle brute et intense, révèlent les paradoxes du monde contemporain.
THEATRE OF DREAMS
Un homme en costume bleu ardoise tire-bouchonné se lève de la salle, monte sur scène, entrouvre le rideau, regarde ce qui se trouve derrière: un danseur en petite foulée… Le rideau se referme aussitôt. Se rouvre sur plusieurs autres exécutant des gestes quotidiens et se referme encore. Bienvenue dans le Theatre of Dreams de Hofesh Shechter. La construction repose sur l’art du fragment, tel qu’il surgit sous nos paupières. Intense, ciselé, percutant, coupé. Rejoué, déjoué, saisi, échappé. Aussi précis qu’un souvenir sorti d’on ne sait où. Aussi flottant qu’une bribe de songe.
Pour écrire ce Theatre of Dreams, Schechter utilise une scénographie qui articule les différents plans de la scène grâce à des rideaux noirs. Derrière le premier s’ouvre un second, métaphore de la profondeur de nos esprits. Y apparaissent deux lignes de danseurs dans des pas folkloriques. Même découpage de rideaux sur l’horizontale de la scène, métaphore de la concomitance de nos pensées. Les danseurs se la partageront avec un trio de musiciens vêtus de rouge.
Les treize interprètes ont puisé dans leurs songes et en ont rapporté des morceaux insistants et inexpliqués. Shechter se joue en ordonnateur du chaos. On le savait maître de la transe, de la rupture, de la puissance d’une danse si paroxystique qu’elle réussit l’exploit de s’éblouir d’elle-même. Le voilà qui sonde les profondeurs avec une scénographie plus raffinée qu’à l’ordinaire, et qui l’a obligé à répéter dans différents théâtres de France – à la scène nationale de Martigues et à la Briqueterie du Val-de-Marne, son lieu à Londres ne permettant pas ce genre d’exercice.
GESTUELLE HYPERAFFÛTÉE
Elle livre la complexité à tiroirs de ce qui nous tisse. Les fragments se suivent, sans queue ni tête: un triangle ménagé dans le rideau accouche d’un homme nu, un pan latéral dévoile un Sisyphe qui répète le geste de tirer sur une corde au bout de laquelle rien jamais n’apparaît, il y a des courses sans fin, des dormeurs arrêtés en plein songe, des couples en postures intrigantes, un homme coupé en deux par un rideau, des groupes assis de dos… Freud, les mythes, l’absurde… Les images passent, performances rythmées sur les palpitations du cœur, suspendues comme hors sol dans un électro planant ou prises dans un swing tropical et communicatif…
Fidèle à sa manière, Shechter n’utilise aucun accessoire. Sa danse est un théâtre collectif où les corps seuls portent la charge de visions dont l’exécution fascine au moins autant, sinon plus, que la singularité. Il fait feu de leurs arcanes pour construire une heure trente de danse pure, dans un crescendo et avec un art de la répétition qui font sa signature. L’inquiétante étrangeté de certaines images succède à la jubilation de danser ensemble, pris par cette transe même qu’on partage sur les dancefloors. Elle emporte si bien les spectateurs qu’ils sortent de leurs fauteuils pour danser sur scène et mieux y retourner ensuite, lorsque l’espace de la scène se rétrécit pour enfermer une poignée de danseurs inquiets entre des murs de lumière rouge.
Le Theatre of Dreams fonctionne à plein. La scénographie permet à Schechter de faire danser l’espace, en plus des corps et des lumières. La musique mène le bal tout en accélérations, en séductions et en suspens. La danse éblouit, marquée par cette gestuelle hyperaffûtée, à l’énergie communicative et à la beauté irrésistible qui est celle de Shechter. Les fans seront aux anges. Ceux qui préfèrent vivre la danse dans leur tête plutôt que dans leurs corps s’agaceront de cette répétition de choses effleurées. Elles ne font sens que si on se laisse chavirer par leur rythme. Car le meilleur chemin possible pour monter dans le chaos organisé de ce Theatre of Dreams est de s’y laisser aller sans résister.