LIVRET DE SALLE | JEFFOU LE GNOU
JEFFOU LE GNOU
Avec Je panse donc je suis, Jean-François Perrone livre son premier one-man-show, un spectacle profondément personnel, à la fois comique et bouleversant, porté par un personnage devenu emblématique : Jeffou le gnou.
L’idée de ce spectacle est ancienne. Depuis longtemps, Éric Fraticelli souhaitait écrire pour lui un seul-en-scène inspiré des personnages qu’il incarne au cinéma et au théâtre, notamment dans Le Clan, Permis de construire ou Inestimable. Mais Jean-François Perrone refusait un projet limité à quelques représentations locales. Il attendait qu’une véritable production nationale s’engage. Cette rencontre a eu lieu avec la société « Ki m’aime me suive », déclenchant le lancement d’une tournée ambitieuse, aujourd’hui forte de dizaines de dates en France, en Belgique et bien sûr en Corse.
Le spectacle s’articule autour d’un jeu de mots devenu manifeste : Je panse donc je suis, détournement assumé de la célèbre formule de Descartes. Ici, le verbe « panser » dit la réparation, la cicatrice, le combat. Jean-François Perrone y raconte sans filtre son parcours, depuis sa naissance jusqu’à aujourd’hui, et notamment son rapport au corps, au regard des autres et à une obésité qui l’a conduit, il y a encore quelques années, à dépasser les 200 kilos. Femmes, sport, nourriture, vêtements, quotidien ordinaire : tout devient obstacle lorsque le corps déborde. Le spectacle raconte cette lutte, avec une autodérision féroce, mais aussi une émotion constante. L’humour n’est jamais une fuite, il est un moyen de dire vrai.
Tout dans ce spectacle est issu de son histoire personnelle, même si elle est volontairement caricaturée pour faire rire. Éric Fraticelli, qui connaît Jean-François Perrone depuis près de trente ans, était sans doute le seul capable d’écrire un texte aussi précis, aussi juste. Leur rencontre remonte au milieu des années 1990, au festival du rire de Sartène, avant de se poursuivre sur des tournages déterminants comme L’Enquête Corse, point de bascule dans la carrière de nombreux comédiens insulaires. Depuis, ils ne se sont plus quittés.
Le personnage de Jeffou le gnou est né de cette complicité. Une silhouette, une coupe de cheveux volontairement outrancière, un regard animal, un caractère brut. Fraticelli le surnommait déjà « le gnou » sur les tournages, et Jeffou est venu naturellement, diminutif affectueux de Jean-François, reflet d’un tempérament entier, sans fard. Un homme rustre mais sincère, « a l’anticu », sans concession mais profondément humain.
Les premières représentations ont eu lieu à Porto-Vecchio, ville natale de l’artiste. Un choix évident pour roder le spectacle, ajuster le rythme, réduire une première version de plus de deux heures à un format resserré d’environ une heure quinze. Face à l’engouement du public, les dates se sont multipliées, la salle agrandie, et près de 1 800 spectateurs ont assisté aux premières représentations avant le départ en tournée. Le succès s’est construit sans soutien médiatique initial, porté par le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux, où les vidéos du personnage ont cumulé des millions de vues.
Habitué aux rôles de durs, notamment dans la série Mafiosa, Jean-François Perrone le reconnaît volontiers : faire peur est parfois plus simple que faire rire. Le one-man-show représente pour lui un véritable défi artistique, une mise à nu, mais aussi une nouvelle étape dans une carrière riche de plus de trente-quatre ans.
Fondateur et directeur de la compagnie I Chjachjaroni, héritier de l’enseignement de Mireille Baudon et passionné de commedia dell’arte, il est également à l’origine du festival Scen’è sonniu, construit sur un principe simple et exigeant : le spectacle payant en salle, gratuit dans la rue. Un engagement artistique et populaire qu’il poursuit en parallèle de cette aventure scénique.
Je panse donc je suis est bien plus qu’un seul-en-scène. C’est le récit d’un combat intime, transformé en matière comique, une traversée du regard des autres et de soi-même, portée par un comédien qui a choisi de rire de ce qui l’a longtemps fait souffrir.