PEINDRE ET DANSER AVEC PINA

 

PAR CHRISTEL LELEU-FERRO

Du 1e au 22 octobre 2022

 

 

QUI EST PINA BAUSCH ?

 

L'éternelle Pina Bausch : la danse pour réinventer les corps — VRAIES MEUFS

 

Pina Bausch est née le 27 juillet 1940 et a grandi à Soligen, en Rhénanie du nord-Westphalie (ouest de l’Allemagne). Ses parents tenaient un hotel-restaurant dans lequel elle passa la majeure partie de son enfance.
Elle commence à étudier la danse à 14 ans, sous la direction du chorégraphe Kurt Jooss, au sein de l’école de Folkwang d’Essen. Elle décroche son diplôme en 1958. Elle a ensuite poursuivi sa formation pendant trois ans, jusqu’en 1962, à la prestigieuse Juilliard School of Music à New-York. En 1961, elle est embauchée par le Metropolitan Opera de New-York et rejoint le New American Ballet.

Elle rentre en Allemagne en 1962 et devient membre du ballet Folkwang. Elle y assiste Kurt Jooss dans ses chorégraphies et finit par devenir directrice artistique à la suite de Kurt Jooss en 1969. Moins de quatre ans plus tard, elle rejoint le centre artistique Wuppertaler Bühnen afin d’en assurer la direction. Arno Wüstenhöfer, directeur du centre, lui laisse alors exploiter son talent.

En 1976, elle révolutionne la danse en introduisant le concept de Tanztheater (Danse-théâtre). Le Tanztheater de Wuppertal connait alors un succès mondial et est encore reconnu comme l’un des plus grands ballets allemand.

Pina Bausch a aussi joué dans plusieurs films, dont « Parle avec elle », du réalisateur espagnol Pedro Almodovar, en 2001. En 1990, elle a réalisé elle-même un film intitulé « La plainte de l’impératrice ».

 

BIOGRAPHIE DE L’ARTISTE

 

 

Passionnée par le mouvement et en particulier la danse, Christel Leleu-Ferro aime expérimenter toutes sortes de techniques graphiques et picturales.

C’est dans son atelier « Figures Vives » à Tourettes que Christel exprime son art. Son propos principal est le corps expressif.

Elle a réalisé de nombreux portraits d’artistes et de personnalités engagées (Nelson Mandela, Ai Wei Wei, Frida Khalo, Jean-Michel Basquiat, Zao Wou Ki, Pierre Rabhi, Pina Bausch, Albert Camus, etc.) qui m’inspirent.

En 2015, la rencontre avec Apolline, une jeune danseuse est à l’origine d’une première exposition à Tourrettes intitulée « L’instinct de grâce ».

En 2019, happée par l’univers de la danseuse et chorégraphe allemande Pina Bausch, elle lui consacre une grande exposition intitulée « Motion and emotion, my way with Pina » présentée à Ingelheim en Allemagne puis à Tourrettes dans le Var. Pour mener à bien ce projet, elle a régulièrement dessiné la danseuse Elodie Ganivet pendant ses entraînements à l’école Create Danse de Fréjus, où elle a été accueillie Valia Cuadrado.

 

L’ARTISTE S’EXPRIME SUR SA DÉMARCHE

 

 

Pina et moi

Cette exposition est la frêle expression de ce que j’ai pu flairer du monde de Pina Bausch. Pina a disparu en 2009 et je ne l’ai pas connu.

J’ai suivi sa trace dans les documents que j’ai trouvés sur elle.

J’ai appris à reconnaitre un corps qui danse sous l’œil de Pina.

C’est un corps qui ne cherche pas la perfection. Qui n’est pas dicté.

Un corps qui s’articule entre ciel et terre avec son énergie propre.

Un corps qui ne triche pas.

Un corps qui embrasse tout, la joie comme la douleur.

Je n’ai pas vu Pina. J’ai vu sa générosité et ce qu’elle a rendu possible

Son héritage est disponible.

Pina m’a poussé à être moi, comme elle le faisait avec ses danseurs.

J’ai lâché mes plans et fait confiance à mes sensations.

J’ai eu accès à la part plus animale de moi-même.

Ca a coulé, gratté, creusé en moi et parfois j’ai eu peur et je suis restée tapie dans ma grotte… Jusqu’à bondir à nouveau.

J’ai dansé, à ma façon !

Merci Pina.

 

 

LE VISAGE DE PINA

 

 

Je l’ai découvert en 2015, par le biais d’un portrait photographique et j’ai eu envie de le peindre. Rencontrer Pina.

Peindre son visage mature abrupt et beau. Creuser ses joues, caresser son sourire, allumer son regard, allonger son cou.

Timidité et force.

Le visage de Pina est une montagne qui se mérite.

J’ai réalisé très librement 7 portraits de format 70×50, utilisant toutes sortes de techniques.

Ces 7 portraits constituent ensemble la vision que j’ai de Pina, d’où l’idée d’en réaliser un 8ème à partir de leur synthèse photographique (montage photo en surimpression). Ce portrait vibratile s’appelle « Le huitième jour ».

Il a l’air un peu rêvé et j’aime cette idée.

 

 

LES CORPS ET LES ÉLÉMENTS

 

 

Pina semait des questions au départ.

Chaque danseur faisait germer ces questions en lui et s’animait, sous son œil bienveillant. Pas de performance mais une vérité pour chacun déployée.

L’immobilité a sa place dans ce langage-là. Le danseur peut être tétanisé, observateur ou tout simplement attendre.

Ma nouvelle Eve regarde et se donne à voir dans toute sa complexité. Pina déjà questionnait la frontière masculin-féminin.

Il y a aussi les corps qui coulissent dans l’espace comme des fantômes. Les yeux fermés, ils sont livrés à leurs seules sensations. N’est-ce pas ça vivre : embrasser en aveugle ?

 

Pour moi, tous les danseurs de Pina expriment leur énergie vitale. Leurs corps exultent leurs émotions, au-delà des mots.

Ils célèbrent les éléments qui les entourent, comme l’eau, l’air ou la lune. Composent avec l’appel de la terre et du sang.

Et parfois ils s’envolent presque, comme dans mon duo « Flying in Wupperthal » emprunté au film de Wim Wenders. Et là, quelle joie !

Tout cela est si humain, si accessible enfin.

 

 

LES ROBES DANSANTES

 

 

Dès le départ, j’ai voulu parler des robes. Pour moi, elles sont des personnages à part entière dans le travail de Pina Bausch.

Elles révèlent le corps intime quand le tissu est serré, transparent ou mouillé. Des zones d’ancrage pour celui qui dessine !

Et elles ouvrent l’espace, surtout les robes longues qui permettent au mouvement de s’amplifier et de se prolonger comme une onde.

Côté tissus, ma préférence va aux satins et aux couleurs chaudes. Le rouge surtout. Qui tranche, flamboie et saigne sur la scène.

Mais j’aime aussi la robe de nuit blanche fine et sensuelle de Café Müller qui dialogue divinement avec les ombres.

J’ai voulu peindre les plis des robes aussi.

Je n’ai pas dessiné d’après modèle, mais selon mon imagination, guidée par les tâches sur les bouts de tissus que j’ai recyclés et mon désir de suivre le mouvement.

Ma série « La vie dans les plis » (titre emprunté à Henri Michaux) est née. Je me suis demandée si je m’éloignais du monde de Pina. Et puis, je me suis rassurée en pensant aux œillets et aux animaux marins qu’elle avait invités sur scène.

Le gros plan ouvre le champ, chacun peut voir ce qu’il veut dans les plis.