LA MÉCANIQUE DU HASARD

D’après le roman de Louis Sachar « Holes » (« Le Passage »)

adaptation :
CATHERINE VERLAGUET
mise en scène :
OLIVIER LETELLIER
interprétation :
AXELLE LEROUGE et LOÏC RENARD
assistanat :
JONATHAN SALMON et VALIA BEAUVIEUX
création lumières :
SEBASTIEN REVEL
création sonore :
ANTOINE PROST
scénographie et régie générale de tournée :
COLAS REYDELET
costumes :
NADIA LEON

 

Depuis la création de « Oh boy » en 2009, Molière du Spectacle Jeune Public, Olivier Letellier n’a cessé de renouveler son engagement auprès de la jeunesse.
Il porte désormais à la scène un roman en forme de fable initiatique interrogeant le déterminisme et les héritages.
En compagnie de Catherine Verlaguet, adaptatrice du foisonnant roman américain Holes (Le Passage) de Louis Sachar, il met en scène « La Mécanique du hasard » discrètement puissante, laissant une belle part à l’imagination et à l’introspection.
Avec une mise en scène fluide et percutante, à l’aube des Petits Princes que l’on finit toujours par rencontrer dans nos déserts intimes, Olivier Letellier nous invite cette fois à questionner et réparer nos héritages, pour trouver la liberté d’écrire sa propre histoire.


NOTE DU METTEUR EN SCÈNE

Texte foisonnant, rempli de symboles, farci d’humour et truffé de clins d’oeil, « Holes » roman américain de Louis Sachar paru en 1992, est un texte initiatique, un récit d’aventures, une histoire à tiroirs. Le héros, ou plutôt l’anti-héros, Stanley Yelnats, devra parcourir un immense trajet, dans le temps, dans l’espace, pour arriver à devenir enfin ce qu’il a toujours été.

Stanley Yelnats, ça se lit dans les deux sens, comme une histoire en boucle qui illustre l’impérieuse nécessité de remonter aux origines pour comprendre, voire modifier le présent. Comme un miroir, cette histoire nous renvoie chacun à nos propres expériences, à nos héritages, ceux que l’on subit et ceux que l’on choisit, et à l’invitation qui nous est faite de briser le cercle vicieux de la fatalité.

Si le texte de Louis Sachar nous rappelle que chacun doit accepter d’affronter ses propres peurs, ses propres démons, pour prendre en main son destin ; il nous révèle aussi que ce sont les rencontres, la capacité d’ouverture, les amitiés qui permettent de traverser les épreuves et de se sortir du trou. Au travers de l’histoire se posent aussi quelques problématiques sociétales d’une féroce actualité : racisme, pauvreté, traitement de la délinquance, rapport de domination, entre autres.

Il m’est apparu terriblement excitant de raconter ce roman sous la forme d’un récit.

Le comédien et la comédienne prennent, parfois ensemble, parfois seuls, le soin de nous conter les aventures de Stanley Yelnats au camp du Lac Vert. Nous nous faufilons dans les tiroirs cachés du texte, nous plongeons dans l’ambiance du far-west, nous humons ensemble les parfums des oignons qui poussent non loin de la rivière qui coule à l’envers.

En multipliant les récits, en dédoublant les points de vue dans le temps ou dans l’espace, les deux conteurs nous emmènent d’une étape à l’autre, d’une époque à l’autre, tissant avec les spectateurs les liens invisibles d’une même histoire. C’est cette double complicité, entre eux et avec le public, qui vient nourrir l’imaginaire des spectateurs. Avec eux, nous ressentons la soif qui assèche la gorge, la chaleur qui brûle la peau, les ampoules qui creusent les mains, la sueur qui perle, la peur qui tétanise les muscles.

Nous partons d’un espace volontairement dénudé d’où tout peut surgir : objets signifiants ou matières symboliques. Une machine à jouer, sobre, un support aux imaginaires plus qu’une illustration des lieux. Différents niveaux pour évoquer les relations entre les personnages, différents espaces pour signifier diverses temporalités.

Comme les lieux, les personnages ne sont pas incarnés, ils sont sobrement esquissés, laissant ainsi la part belle au jeu des comédiens pour que les corps et les mots dessinent des images mentales pour que chaque spectateur s’approprie ainsi le récit.

Au fil des mots et des sons, dans la lumière du désert, nous avançons ensemble, avec Stanley Yelnats et cherchons à comprendre ce qui, dans la petite mécanique de nos vies, relève du hasard ou du destin.

Olivier Letellier

 


Photos : Christophe RAYNAUD DE LAGE