PROGRAMME DE SALLE : FARY

Première partie

Juste avant sa performance Fary permet, à un ou plusieurs humoristes de se produire sur scène.

Ce soir, Il s’agit de Jason Brokerss et de Paul Dechavanne.

Entretien avec Fary

De la scène du Point-virgule en 2014 à celle de Bercy en 2019, votre parcours est allé très vite. Comment l’expliquez-vous ?

Je n’ai pas cette impression. Dans une époque où des carrières explosent à cause d’un buzz, j’ai plutôt le sentiment que les choses se sont enchaînées progressivement, en plusieurs étapes, et qu’il n’y a pas eu d’obstacles.

Quelles sont ces étapes ?

Cela a commencé en 2012, lorsque j’ai gagné le prix SACD jeune talent au festival L’Humour en capitales. À l’époque, j’étais au Cours Florent et j’enchaînais les scènes ouvertes. Franck Cimière, alors directeur artistique du Jamel Comedy Club, m’a ensuite intégré dans la troupe et j’ai rencontré le metteur en scène Kader Aoun.

En 2014, j’ai participé à l’aventure « adopteuncomique.com », et je jouais au Point-virgule. J’ai été retenu pour une soirée « Le Point-virgule fait l’Olympia », et j’ai signé avec le producteur Jean-Marc Dumontet. La même année, ma vidéo sur le legging a fait, en à peine trois mois, plus d’un million de vues. Quand le player Facebook est arrivé, on a vraiment compris en quoi c’était un outil de communication. On a mis en ligne une vidéo plus courte « L’iPhone », et le million de vues a été dépassé en trois jours.

Au Cours Florent, aviez-vous en tête de faire de l’humour ?

Oui, cela a toujours été mon objectif. Le Cours Florent, c’était aussi pour rassurer ma mère, lui montrer que je faisais quelque chose de concret, que j’étais « à l’école ».

Comment vous êtes-vous distingué des autres humoristes ?

Au Jamel Comedy Club, j’ai eu assez peur d’être catalogué. Je voulais déjà que le stand-up ne soit pas vu comme un « art de rue ». Pour se différencier, il faut aller à l’essence même de ce qu’est le stand-up : plus on s’affirme en tant qu’individu, plus ce qu’on fait sur scène est identifiable. La recherche d’authenticité permet de toucher le public. Lorsqu’on regarde les grands humoristes français, Pierre Desproges, Gaspard Proust, Blanche Gardin, Elie Kakou on constate que, à l’intérieur d’un cadre, on peut faire ce qu’on veut. Ce qui m’anime, c’est de prouver qu’on pratique un art.

Aux débuts du stand-up, dans les années 2000, il y a eu une uniformisation, la manière d’entrer en scène, de s’adresser au public, les sujets traités. Comme n’importe quelle discipline, il a fallu qu’il grandisse, qu’il mûrisse. Dans le Jamel Comedy Club, il y avait quelque chose de très politique, la volonté de Jamel Debbouze est de montrer que des jeunes de quartier étaient des artistes. Cela a été positif et négatif.

C’est-à-dire ?

Positif, parce que ça a permis à des artistes comme Thomas Ngijol d’être au « Grand Journal » sur Canal+, à Fabrice Eboué d’être sur M6, d’ouvrir des portes à Claudia Tagbo, etc.

Négatif, parce qu’on a associé le stand-up à des accents, à de l’art urbain, un art secondaire qui avait l’air facile.

Une question revient encore souvent : « Ce que tu joues, tu l’écris ? » Les gens pensent encore que cet art de jouer de soi-même, c’est de l’improvisation alors que tout est travaillé, au silence près.

C’est ce qui vous a poussé à jouer au Trianon, au Théâtre du Châtelet, à la Salle Pleyel ?

Exactement. Je voulais montrer que le stand-up est un art de la scène, une forme de seul-enscène qui mérite des belles salles. Et puis Jean-Marc Dumontet me conforte dans l’idée de m’aventurer dans des défis.

Comment choisissez-vous les thèmes abordés, comment se passe l’écriture ?

Dans la vie de tous les jours, il y a des remarques que je trouve drôles, et que je note sur mon téléphone.

Pour « Hexagone », j’avais un point de départ : traiter de la question de l’identité en France. Ma mère, lors d’une discussion, m’avait remis en tête que je n’étais pas né français, même si je suis né en France. J’ai eu le sentiment que ça me retirait quelque chose, que c’était moins bien. Je me suis rendu compte de la valeur d’être français. Du coup, je me suis interrogé sur ce qui faisait de moi un Français.

Pourquoi dites-vous : « Etre humoriste, c’est être un peu réac » ?

Être humoriste, c’est être de mauvaise foi. On aime se faire l’avocat du diable, défendre l’indéfendable. L’humoriste profite qu’il n’y a pas de réponse en face pour développer son argumentaire, même si, au départ, c’est contestable.

Vous dites préférer l’humour positif, voire fraternel. Pourquoi ce choix ?

C’est vraiment une histoire de goût. C’est ma vision de la vertu de l’humour. Le rire, c’est ce qui permet de se rapprocher de quelqu’un. Parce qu’on a ri ensemble, on se sent plus proches. J’aime jouer du charme, de la douceur, pour faire passer des idées. La carte blanche sur France Inter dans l’émission « Boomerang », d’Augustin Trapenard [en novembre 2018], et mon intervention lors de la dernière cérémonie des Molières [en mai 2019] font partie des choses dont je suis le plus fier.

Que répondez-vous à ceux qui considèrent qu’il y a trop d’humoristes ?

Je trouve ça fou ! On n’entend jamais qu’il y a trop de chanteurs !

Est-ce qu’on réfléchit moins parce qu’on rigole ? Dire qu’on ne peut pas rire et réfléchir, c’est vraiment considérer le rire comme quelque chose de mineur.

En France, il y a encore l’idée que le rire est quelque chose de bas de gamme. Ce n’est pas le nombre d’humoristes qui fait peur, c’est la qualité de ce qu’on voit. Il faut montrer que le stand-up est malin, noble, intelligent. Or, beaucoup de succès ne vont pas dans cette direction-là. Mais quand on tient ce discours, on est vu comme prétentieux et on se retrouve à faire le jeu de ceux qui ne nous acceptent pas.

L’humoriste âgé de 27 ans a prouvé qu’il n’était plus seulement l’étoile montante du stand-up mais bien l’un de ses plus dignes représentants, lui qui a déjà foulé les planches de Bobino, du Trianon, du Grand Rex, de Pleyel et du théâtre du Chatelêt.

Rien ne semble arrêter la détermination de ce jeune homme qui entend donner ses lettres de noblesse au stand-up. Il a ouvert à la rentrée 2019 à Paris, son propre Comedy club.

De : Kader Aoun, Jason Brokerss et Fary
Mise en scène : Kader Aoun
Avec : Fary

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