PROGRAMME DE SALLE : Carmen(s)

ENTRETIEN AVEC JOSÉ MONTALVO

 

 Que représente Carmen pour vous ?

J.M : J’aime le personnage mythique de Carmen, parce qu’elle représente la révolte en chantant et en dansant.
Carmen est une femme émancipée, libre, maîtresse de toutes ses décisions. C’est une femme qui affirme sa liberté, son indépendance, dû-t-elle le payer de sa vie. Provocante, vibrante, libre de ton, d’allure et de propos, d’une sensualité torride, bouillonnante de vitalité, Carmen semble se moquer de tout. Elle rit, danse et chante comme elle respire, de quoi enflammer l’imagination d’un chorégraphe. J’aime aussi l’incroyable bonheur de vivre dont elle est porteuse. Gare aux hommes asphyxiés dans leurs conformismes !
De manière plus subjective, Carmen était le prénom porté par ma grand-mère, enthousiaste féministe catalane, conteuse hors pair, pasionaria de mon enfance. C’était aussi le rôle préféré de ma mère, danseuse de flamenco passionnée. Pour moi, Carmen résonne également à distance et avec un  surgissement, à la fin du XIXe siècle, de tant de femmes rebelles, héroïnes de la liberté. Pour n’en citer que quelques-unes : Louise Michel, Camille Claudel ou un peu plus tard Isadora Duncan.
« Ce que je veux c’est être libre et faire ce qu’il me plaît » dit Carmen dans l’opéra. On pourrait imaginer que Louise Michel lui répond : « Libre j’ai vécu, j’entends mourir de même. »

Pensez-vous que les femmes ont encore besoin d’affirmer leur désir d’être libre (en tout cas, dans notre
sphère occidentale) ?

J.M : Je crois qu’il est difficile de parler des femmes occidentales en général. Il y a probablement autant de vérités que de cas. Je pense que pour les femmes, comme pour les hommes d’ailleurs, les libertés qui nous paraissent fondamentales ne nous sont jamais données pour l’éternité, qu’il est bon de maintenir allumé le besoin d’affirmer notre désir d’être libre.
Pour moi, Carmen parle de plus que d’une femme libre, elle me parle du mythe de la liberté individuelle, la liberté face aux pièges qui nous sont tendus dans la vie. Mais elle parle aussi de la liberté en tant que dimension intérieure, toujours remise en cause et toujours à affiner, à construire et à choisir. Vous l’avez compris, j’aime l’héroïne de Bizet pour son apport libérateur à la condition féminine, mais aussi, comme l’écrit justement Hélène Seydoux dans Les femmes et l’Opéra, parce que les hommes, et j’en suis un, peuvent aussi s’identifier à elle en tant que mythe de liberté.

Pourquoi ajouter un « S » à Carmen ?

J.M. : « Toutes les femmes s’appellent Carmen » affirmait la couverture du Nouvel Observateur du 19 août 1983. A cette époque j’étais très jeune mais je trouvais cette conviction évidente.
Il y a en chaque femme quelque chose de Carmen. J’ai souhaité ne pas choisir une seule Carmen parmi mes interprètes mais leur permettre à tour de rôle ou simultanément de devenir Carmen.

Comment faites-vous entrer dans ce récit la question du métissage, de l’immigration ?

J.M. : Carmen est inscrite, du fait de ses origines, dans une collectivité qui porte en elle l’histoire d’un exode, d’un déracinement, d’un peuple errant. J’aime l’idée qu’un personnage célébré dans le monde entier soit un être sans patrie et sans racines.
Écoutons le finale du deuxième acte :
« Comme c’est beau la vie errante ; Pour pays l’univers, pour loi ta volonté, et surtout la chose enivrante, la liberté, la liberté… » Bizet n’a jamais mis les pieds en Espagne. Il est tout simplement allé chercher son Espagne à Paris. La ville-lumière héberge, au milieu du XIXe siècle, une communauté de poètes, de musiciens, de compositeurs, d’interprètes espagnols, des exilés, des réfugiés, des militants
de la liberté. Le génie de Bizet et de ses librettistes Meilhac et Halévy, c’est de se nourrir de cet apport et de tout ce qui a été écrit sur la culture espagnole.
Il n’y a rien de plus français, de plus espagnol et de plus universel que Carmen.

 

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Générique :
Chorégraphie, scénographie, conception vidéo : José Montalvo
Assistante à la chorégraphie : Joëlle Iffrig
Assistant à la chorégraphie flamenco : Fran Espinosa
Musique: Georges Bizet
Musique live: Ji-eun Park, Kee-ryang Park, Saeid Shanbehzadeh
Costumes : Sheida Bozorgmehr assistée de : Coumba Diasse
Lumières et scénographie : Vincent Paoli
Son : Pipo Gomes
Collaborateurs artistiques à la vidéo Sylvain Decay, Franck Lacourt
Infographie Sylvain Decay, Clio Gavagni, Michel Jaen Montalvo
Chef opérateur tournage : Daniel Crétois assisté de : Andrès Gomez-Orellana
Créé et interprété par Karim Ahansal dit Pépito, Rachid Aziki dit ZK Flash, Eléonore Dugué, Serge Dupont Tsakap, Samuel Florimond dit Magnum, Elizabeth Gahl, Rocío Garcia, Florent Gosserez dit Acrow, Rosa Herrador, Chika Nakayama, Ji-eun Park, Kee-ryang Park, Lidia Reyes, Beatriz Santiago, Saeid Shanbehzadeh, Denis Sithadé Ros dit Sitha

Mentions obligatoires :
Production Maison Des Arts De Créteil.
Coproduction Chaillot – Théâtre national de la Danse / Les Théâtres de la ville de Luxembourg / Théâtre de Caen / Festspielhaus St. Pölten
Action financée par la Région Ile-de-France.
Remerciements au National Theater of Korea

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